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La technologie, clé de l’amélioration de la productivité agricole

Au Global Grain Geneva 2025, Rabih El Chaar, fondateur de SMARKK, a envoyé un message clair : la technologie n’est plus seulement un accessoire, elle est devenue la clé de voûte de la productivité de l’agriculture, et conditionne la survie de systèmes agricoles. Ceux qui innovent gagnent. Les autres prennent du retard.

Anne Barrat-Publié le 17 Novembre 2025

La technologie, clé de l’amélioration de la productivité agricole

Lors de la conférence Global Grain Geneva 2025 qui s’est tenue la semaine dernière dans la ville de Calvin, Rabih El Chaar, fondateur de Smarkk, une boutique basée à Abou Dhabi spécialiste du conseil en agritech auprès des gouvernements du Golfe, a présenté une étude inédite. Intitulée Grain Supply Rewired et menée sur 26 pays, elle montre un lien direct entre investissements en R&D et performances agricoles : les pays qui investissent fortement en R&D agricole sont aussi les producteurs les plus efficaces au monde. La technologie agricole permet de contrebalancer les principaux facteurs de perturbation – sécheresses, tensions commerciales, restrictions à l’export, hausse des coûts logistiques – qui provoquent des fluctuations récurrentes des prix et de l’offre mondiale

Rabih El Chaar revient ici sur les principaux enseignements de cette étude et sur les opportunités que cette transformation ouvre pour les entreprises européennes, notamment suisses.

 

Pourquoi la technologie est-elle devenue un enjeu central pour les pays agricoles, en particulier dans les régions arides ?

Sécheresses, tensions géopolitiques, ruptures logistiques… Les marchés céréaliers mondiaux n’ont jamais été aussi imprévisibles et volatils. Et ce, souvent en raison d’événements externes qui n’ont rien à voir avec l’offre ou la demande réelle. Une manière d’atténuer cette volatilité consiste à localiser une partie de la production grâce à la technologie : modernisation de l’irrigation, optimisation des intrants, innovations génétiques, agriculture en environnement contrôlé… Autrement dit, un facteur stratégique fait la différence : la capacité d’un pays à intégrer la technologie dans son agriculture.

En investissant dans la R&D, un pays améliore progressivement l’efficacité de son secteur agricole. Cela demande une vision stratégique, mais c’est l’un des leviers les plus puissants pour gagner en souveraineté alimentaire.


Dans votre étude, vous présentez une « frontière d’efficacité » agricole. De quoi s’agit-il ?

Nous avons analysé 26 pays en comparant leurs caractéristiques (eau, terres, main-d’œuvre, financement…) et leurs rendements. Cette analyse nous a permis de définir une frontière d’efficacité. Les pays situés sur cette frontière obtiennent le meilleur rendement possible pour une quantité d’intrants donnée. Ce qui est frappant, c’est que ces pays sont aussi ceux qui investissent le plus en R&D agricole. L’investissement technologique est donc un excellent prédicteur de performance.


Vous avancez même une corrélation directe entre investissement en R&D et performance agricole.

Oui. Nos données montrent qu’il existe un lien clair : plus un pays investit en R&D, plus il tend à se rapprocher de la frontière d’efficacité. La R&D n’est pas seulement un budget : c'est un processus. On part de la recherche, on passe par les niveaux de maturité technologique (les TRL), et on arrive à des innovations concrètes : meilleures semences, outils numériques, génétique, automatisation, nouvelles techniques de culture…

Pour être un producteur agricole performant en 2030, il faut être un pays technologiquement avancé.

En moyenne, les nations les plus performantes consacrent 492 dollars d'investissement en R&D par hectare arable, contre 77 dollars pour les pays en milieu de classement et 200 dollars pour les pays émergents.

Les bénéfices sont tangibles : les technologies biotech comme CRISPR permettent une augmentation de 12 à 20 % des rendements. Les modèles numériques de type « jumeaux numériques » [NDLR : une réplique virtuelle d’un système réel –exploitation agricole, serre, tracteur, réseau d’irrigation, etc.– qui permet de simuler, prédire et optimiser son fonctionnement grâce aux données] améliorent les rendements de 5 à 15 % tout en réduisant la consommation d’eau de 25 à 40 %. Les pays les plus avancés économisent 56 % de main-d’œuvre et 37 % d’eau par rapport aux autres.


Vous avez présenté un cas d’étude sur l’Arabie saoudite : pouvez-vous nous en dire plus ?

L’Arabie saoudite a un potentiel très important. Notre modèle montre que 700 millions de dollars investis chaque année dans la R&D agricole pourraient générer jusqu’à 7 milliards de dollars de production supplémentaire. C’est un ratio de x10, donc 10 fois l’investissement, à condition d’investir intelligemment, c’est-à-dire concrètement : adopter des technologies existantes pour obtenir des résultats rapides ; structurer des programmes R&D de long terme ; développer les compétences ; mettre en place des politiques publiques adaptées.

Ce n’est pas « mettre de l’argent et attendre ». C’est un modèle stratégique complet.


Concrètement, observe-t-on déjà des résultats sur le terrain ?

Oui. L’Arabie saoudite est très avancée dans plusieurs domaines. Par exemple, le dessalement, où elle atteint des niveaux d’efficacité parmi les meilleurs au monde, les dattes, dont elle est l’un des plus grands producteurs mondiaux, ou encore les olives, qui n’étaient pas cultivées auparavant mais qui le sont désormais grâce à des innovations agronomiques et à la diversité de ses territoires.

Les Émirats arabes unis suivent une trajectoire similaire avec une stratégie R&D très ambitieuse.


Quel rôle peuvent jouer les entreprises suisses et européennes dans ce mouvement ?

Il est essentiel d’intégrer des technologies étrangères. Si les pays du Golfe n’importaient pas d’innovations, ils mettraient des décennies à rattraper les leaders mondiaux. Ils sont donc ouverts et même demandeurs de technologies suisses, européennes, internationales.

Cela peut se faire de deux manières : maturer la R&D localement, en transférant une partie des travaux aux institutions saoudiennes ou émiraties ou déployer des technologies déjà prêtes, en localisant les entreprises et en les accompagnant sur le terrain.

C’est aussi pour cela que nous développons une activité de venture building : faciliter l’arrivée d’entreprises innovantes dans la région.



******************

Conclusions

·      L’agriculture du futur, notamment dans les zones arides, se jouera à l’intersection de la technologie, de la R&D et de la capacité des États à s’organiser autour d’une stratégie claire.

·      Les pays du Golfe montrent qu’un investissement massif mais structuré dans l’innovation peut transformer un secteur entier — et ouvrir des opportunités inédites pour les acteurs internationaux de l’agri-tech.

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Société

SMARKK est un cabinet de conseil en stratégie et innovation technologique basé aux Émirats arabes unis, qui se positionne comme partenaire des gouvernements et des entreprises pour déployer des projets à fort contenu technologique (IA, R&D, transformation digitale). Son Managing Partner, Rabih El Chaar, cumule plus de vingt années d’expérience en consulting et stratégie; il dirige l’accompagnement stratégique de SMARKK sur les marchés du Moyen-Orient et du Golfe.