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Face à la flambée des prix des engrais, le nouveau mécanisme européen de certification carbone pourrait-il être une solution ?

Alors que les agriculteurs sont nombreux à réclamer une baisse des taxes européennes sur les engrais, Farm Europe, think tank européen, mise sur une solution à long terme qui pourrait leur permettre de moins dépendre des engrais, tout en devenant acteurs et non plus spectateurs de leur transition carbone.

Aurore Dupont-Publié le 27 Avril 2026

Face à la flambée des prix des engrais, le nouveau mécanisme européen de certification carbone pourrait-il être une solution ?

Lundi 13 avril, Bruxelles. Une quarantaine d’acteurs sont réunis pour évoquer la hausse des prix des engrais depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. Le prix de l’azote a bondi de 20% entre février et mars 2026. Fertilizers Europe, Copa-Cogeca, Farm Europe... pour certains de ces lobbyistes européens la solution devrait être rapide et se trouve dans une baisse immédiate des taxes. D'autres voient une solution à long terme dans le nouveau mécanisme européen de certification carbone: le CRCF.


Les agriculteurs pris en étau


Cédric Benoist, céréalier français et président du groupe de travail Céréales à la fédération Copa-Cogeca, milite pour une solution à court terme. Il réclame la baisse de certaines taxes comme le Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières (MACF). Entré en vigueur en janvier 2026, le MACF taxe les engrais pour les soumettre à une tarification du carbone équivalente à celle appliquée aux industriels européens. « On est coincés au niveau agricole, les agriculteurs sont pris en étau », s’inquiète-t-il.

En bout de chaine, ils n’ont d’autre choix que de payer le prix fort. Il estime que l’ensemble des barrières tarifaires mises en place au niveau européen ajoutent « 120 voire 130 euros » au prix d’achat d’une tonne d’engrais. Et la solution du recours aux engrais verts, prônée par l'Europe n'est pas viable économiquement non plus. Résultat : qu'il s'agisse d'engrais carbonés ou d'engrais verts, en ce moment pour s’approvisionner, « il faut déjà avoir le cash », fait-il remarquer.


Des « effets pervers qui n’enclenchent pas les transitions »


Du côté du think tank Farm Europe, on pense que c’est d'une solution durable que viendra le salut des agriculteurs. Selon Luc Vernet, spécialiste de la règlementation européenne et membre de Farm Europe, la stratégie européenne, qui vise à promouvoir la production d’engrais vert, notamment via des mécanismes de taxation comme le MACF et le SEQE-UE (système d'échange de quotas d'émission de l'Union européenne) n’est pas la bonne.

« On est dans un schéma où on a des mécanismes de transition qui ont des effets pervers et qui n'enclenchent pas les transitions. La question, c'est de sortir de ce cercle vicieux (…) pour retrouver un schéma où on retrouve une capacité à faire les transitions, mais on sait très bien que les transitions n'existent qu'à partir du moment où il y a de la marge pour les faire », explique-t-il.


Rendre les agriculteurs acteurs, et non plus spectateurs


Pour lui, l’Europe se doit avant tout de donner un cap : « je pense que la direction d'aller vers une réduction des émissions est la bonne. Mais il faut donner les outils de financement de ces transitions aux agriculteurs sans les contraindre sur la solution en tant que telle. Sans leur dire : vous allez faire de l'hydrogène vert, qui va remplacer vos engrais actuels ». Cela encouragera l’innovation et « leur permettra de faire leur choix librement de la façon de réduire leurs émissions et ensuite, de vendre sur les marchés carbone, des réductions d'émissions ». Une manière de les rendre acteurs et non plus spectateurs de leur transition carbone.

Une solution qui pourrait, au moins en partie, satisfaire les céréaliers comme Cédric Benoist, qui juge l’offre d’engrais verts inefficace tant qu’aucune solution n’existe pour « massifier les énergies renouvelables ». La demande est aujourd’hui inexistante côté agriculteurs, face à un prix de vente trois fois supérieur à celui des engrais fossiles.


Qu’est-ce que le CRCF, Cadre de certification des absorptions de carbone ?
Un nouveau mécanisme européen destiné à certifier, de façon fiable, les quantités de CO₂ réellement retirées de l’atmosphère, notamment grâce à l’agriculture, mais aussi à la gestion forestière. Une fois en place, le CRCF validera les absorptions permanentes de carbone et les réductions d’émissions dans les sols générées par l’agrostockage de carbone, les technologies industrielles qui capturent le CO₂ et le stockage durable de carbone dans les produits (bois de construction, matériaux biosourcés…). Les agriculteurs volontaires pourront, s’ils sont capables de démontrer une absorption réelle, additionnelle (en plus que ce qui serait absorbé sans le projet) et vérifiée, générer des crédits carbones certifiés échangeables sur les marchés carbone. Le texte de base du CRCF a été adopté en 2025. Les méthodologies de certification par filière sont en cours d’élaboration. Celles concernant l’agriculture doivent être discutées au cours de l’été 2026 et les premiers projets devraient être déposés en fin d’année 2026.

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