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Mekki Maalej, fondateur d’Agri Safe : « L’IA ne remplace pas l’agriculteur, elle transforme les données en économies d’eau »

Ce nouveau volet de notre dossier spécial consacré à l'eau donne la parole à Mekki Maalej, fondateur d'Agri Safe. Issu d'une famille d'agriculteurs en Tunisie et installé à Toulouse, l'entrepreneur explique comment l'intelligence artificielle peut aider les agriculteurs à irriguer plus précisément et à économiser jusqu'à 35 % d'eau.

Anne Barrat-Publié le 10 Juillet 2026

Mekki Maalej, fondateur d’Agri Safe : « L’IA ne remplace pas l’agriculteur, elle transforme les données en économies d’eau »

L’agriculture absorbe environ 70 % des prélèvements mondiaux d’eau douce (selon la FAO), et le changement climatique fragilise la ressource : hausse des températures, sécheresses plus longues et pluies plus irrégulières réduisent la recharge des nappes. En France, l’irrigation puise à la fois dans les rivières comme et les nappes phréatiques – lesquelles nappes fournissent près des deux tiers de notre eau potable. Or ces dernières s’amenuisent : au 1er juin 2026, le Bureau de Recherches Géologiques et Minière relevait des niveaux en baisse sur 77 % de ses points de suivi, une situation plus dégradée qu’un an plus tôt à l’approche de l’été. Dans ce contexte, l’agriculture fait face à une équation de plus en plus serrée : produire davantage en consommant moins d’eau.

L’eau est aussi devenue un champ de bataille politique : le stockage de l’eau pour les agriculteurs, au cœur du projet de loi d’urgence agricole français, cristallise les tensions entre monde agricole, défenseurs de l’environnement et pouvoirs publics. Mais une autre réponse se joue sur le terrain, dans la façon d’irriguer.

Pour Mekki Maalej, fondateur d’Agri Safe SAS, la réponse passe par une irrigation pilotée par les données. Fils d’agriculteur tunisien, il a développé sa première solution lorsque son père, malade, ne pouvait plus se rendre quotidiennement dans ses parcelles. De cette expérience de terrain, et non d’un laboratoire, est née une plateforme capable de connecter les équipements d’irrigation existants, de collecter des données agronomiques et d’aider les agriculteurs à décider plus finement grâce à l’intelligence artificielle. Son ambition n’est pas de remplacer l’expertise humaine, mais de lui donner les moyens de gérer une ressource devenue plus précieuse que jamais. Trois questions à Mekki Maalej.


Peut-on encore produire plus avec moins d’eau ?

Oui, à condition de repenser notre façon d’irriguer. Beaucoup d’exploitations irriguent encore selon des habitudes ou des observations de terrain. Cette expérience reste précieuse, mais elle ne suffit plus face à des conditions climatiques devenues bien plus variables.

J’ai commencé en Tunisie, un pays en première ligne : après plusieurs années de sécheresse, les barrages y sont tombés à des niveaux critiques, autour de 20 % de leur capacité fin 2024. L’eau a dû être rationnée en plein été. C’est là que nous avons équipé plus de 500 hectares, avec des résultats très concrets : sur les oliviers, 35 % d’eau et de fertilisants économisés, 20 % de facture énergétique de pompage en moins et jusqu’à 12 % de productivité en plus ; sur les amandiers, environ 25 % d’eau en moins pour 10 % de rendement supplémentaire ; sur la vigne, 20 à 25 % d’économie d’eau, 8 à 10 % de productivité et une meilleure qualité de raisin.

L’objectif n’est pas seulement d’économiser l’eau : il s’agit d’apporter la bonne quantité au bon moment, selon les besoins réels de la plante. S’y ajoute un gain de temps considérable : ouvrir une vanne à la main et attendre plusieurs heures, bloc par bloc, représente un travail que l’automatisation supprime. Avec le changement climatique, cette précision devient un facteur de compétitivité autant qu’un enjeu de résilience.


En quoi l’intelligence artificielle change-t-elle la manière d’irriguer ?

Elle transforme des milliers de données en décisions d’irrigation qu’aucun agriculteur ne pourrait prendre à la main. Notre système combine les capteurs de température, d’humidité et de pression avec les données météorologiques, le type de sol, la variété cultivée, l’âge de la plantation et son stade de développement. Il en déduit le scénario d’irrigation et, si nécessaire, de fertigation, le plus adapté : par exemple davantage d’eau et d’azote lors d’une poussée racinaire, moins d’eau en pleine floraison pour que l’arbre concentre ses ressources sur le fruit.

Les capteurs de pression remplissent un autre office : ils détectent les fuites et les bouchages en temps réel et alertent aussitôt l’agriculteur.

Nous avons aussi développé une IA explicable. Elle ne se contente pas de recommander : elle explique pourquoi, en indiquant le poids de chaque paramètre dans la décision – la météo, la température ou l’humidité du sol. Cette transparence est essentielle, car de nombreux agriculteurs disposent déjà de capteurs sans parvenir à transformer ces données en actions concrètes. C’est précisément là que réside la valeur ajoutée.


À quoi ressemble concrètement une irrigation intelligente ? Peut-elle être déployée partout ?

L’une de nos priorités a été de nous adapter aux exploitations existantes : non pas remplacer toute une installation, mais connecter les équipements déjà en place – moteurs de pompage, électrovannes, stations de filtration ou de fertigation –, pilotables à distance depuis un smartphone ou un ordinateur, sans travaux lourds.

Le système repose sur une box communicante alimentée par de petits panneaux photovoltaïques. Elle couvre un rayon d’environ sept kilomètres, soit près de 15 000 hectares, et peut connecter jusqu’à 32 000 équipements. Elle peut être mutualisée entre plusieurs exploitations pour réduire les coûts : chez un viticulteur avec qui nous démarrons sur 20 hectares, une trentaine d’équipements suffisent.

La solution s’adresse à toutes les tailles d’exploitation, de quelques hectares à plusieurs centaines, en arboriculture, viticulture, maraîchage ou grandes cultures — nous équipons aussi bien des vignes que des champs de maïs ou de blé.

Au-delà de la technologie, le principal défi reste humain. Beaucoup d’agriculteurs découvrent ces outils et doivent apprendre à leur faire confiance. Pourtant, face à la raréfaction de l’eau, l’irrigation ne pourra plus reposer sur la seule expérience humaine : elle devra s’appuyer sur les données et l’intelligence artificielle pour accompagner les décisions, tout en laissant l’agriculteur maître de ses choix.



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Agri Safe, une start-up AgTech tuniso-toulousaine fondée par Mohamed Mekki Maalej, propose une solution IA connectée permettant de réduire de 30 % la consommation d'eau et de fertilisants. Soutenue par Nubbo et Le Village by CA, l'entreprise facilite l'adoption de sa technologie via un modèle économique accessible mêlant leasing et subventions pour aider les agriculteurs face au changement climatique.