Maximilien Rouer
Agriculture : financer la crise, OK. Et financer l'avenir ? Réflexions pour une "contribution volontaire agricole".
L'État vient de débloquer 1 milliard d'euros pour nos producteurs. Urgence gérée (quoique : il en faudrait 5 d'après la profession). Et après ?
Que vous soyez dans la tech, l'immobilier, la finance ou les services : cette crise est AUSSI la vôtre. L'adaptation du modèle agricole n'est pas une ligne budgétaire sectorielle, c'est un risque systémique pour toute l'économie.
Le bilan des 80 dernières années est sans appel :
📈 +400 % à +500 % de rendements sur les grandes cultures.
📉 -90 % d'agriculteurs sur le territoire.
📉 -70 % de haies et de zones humides rayées de la carte.
En éliminant nos infrastructures de résilience naturelle que sont haies et zones humides, nous avons rendu nos sols bien plus vulnérables à la sécheresse. Éteindre les crises à coups de milliards ne marchera pas indéfiniment. Et l'avenir modélisé par le GIEC ou Météo France, illustré par les cartes de Serge Zaka est sombre : les aléas climatiques deviennent plus nombreux et plus intenses en France.
Dès lors, une alternative stratégique :
1⃣ Continuer de faire croire à l'aide d'urgence infinie sur un système performant mais toujours plus vulnérable.
ou
2⃣ Accompagner collectivement la bascule vers des variétés plus robustes, plus résilientes, mais moins productives, et des infrastructures de protection.
Nos producteurs ne demandent pas la charité chaque année : ils demandent une vision - et son financement.
La solution n'est pas triviale. Etant donné l'intérêt national supérieur, et l'ordre de grandeur en dizaines de milliards sur plusieurs années, cela passerait sans doute par une contribution de chaque français via à la fois ses achats quotidiens (alimentaires comme non alimentaires) et son patrimoine. Sans en avoir vraiment conscience, nous y avons tous fondamentalement intérêt.
Des mécanismes inspirants ? Une agritaxe parafiscale de type responsabilité interfilière (Responsabilité Elargie des consommateurs dans ce cas), ou une contribution volontaire obligatoire interfilières en font sans doute partie. Le principe est la solidarité nationale pour sauver notre souveraineté agricole. Et redonner espoir à une profession qui commence une traversée des Enfers.
Ce financement de la transformation des exploitations sera conditionné à un plan de résilience massif, touchant toutes les productions, étalé sur 10 ans, sur les changements de pratiques vers une agriculture du vivant, et sur la reconstruction des infrastructures hydrauliques et bocagères.
Quand je parlais du risque climatique il y a 20 ans aux élus agricole, c'était inaudible. Après cet été, beaucoup plus. Il faut l'espérer.
12 Septembre 2026