La RédactionPublié le 16 Mars 2026

« Chasseur de nuages » : c’est ainsi que se définit volontiers le climatologue et agroclimatologue Serge Zaka. Spécialiste des risques météorologiques pour les cultures, il analyse depuis plusieurs années les interactions entre climat et agriculture et leurs conséquences concrètes pour les agriculteurs.
Ses analyses sont régulièrement diffusées sur son site Agroclimat2050, lancé en 2022, consacré à l’agroclimatologie et à l’adaptation de l’agriculture au changement climatique. Jour après jour, analyses météorologiques, cartes agroclimatiques et décryptages d’événements climatiques extrêmes viennent éclairer l’actualité climatique.
Lors d’une table ronde organisée sur le stand de La Ferme Digitale au Salon international de l’agriculture 2026, il est revenu sur un point central : la transformation du cycle de l’eau en France et ses conséquences pour les systèmes agricoles.
Un cycle de l’eau qui se dérègle
« En agriculture, il existe un dicton : le mauvais temps est celui qui dure. Le problème du changement climatique, au niveau de l’eau du moins, est clair : les périodes de sécheresse vont s’allonger et les épisodes de pluie devenir plus intenses, parfois plus durables. »
Pour les agriculteurs, cela signifie devoir composer avec des situations hydriques beaucoup plus contrastées. « Sur le terrain, le changement climatique se traduit par une accentuation du cycle de l’eau : davantage de sécheresses, mais aussi des pluies plus violentes. »
Attention : « le changement climatique n’est pas une sécheresse éternelle »
Serge Zaka insiste sur un point qu’il juge souvent mal compris dans le débat public. « J’aimerais vraiment que vous sortiez d’ici en vous disant que le changement climatique n’est pas forcément une sécheresse éternelle, lance-t-il à l’audience. C’est souvent l’image qui domine dans les médias pendant l’été. » Selon lui, la réalité observée sur le terrain est plus complexe : « le changement climatique accentue le cycle de l’eau dans les deux sens. »
Cette évolution ne se manifeste pas de manière uniforme sur le territoire. « C’est encore plus marqué au niveau de l’excès dans le nord et des déficits dans le sud, précise Serge Zaka. »
Des hivers plus doux, donc plus pluvieux
L’évolution du cycle de l’eau repose notamment sur un mécanisme physique bien connu. « Chaque degré gagné dans l’atmosphère, c’est 7 % de vapeur d’eau en plus. C’est la loi de Clausius-Clapeyron, rappelle Serge Zaka. Et donc plus il fait chaud, plus l’air peut contenir d’eau, donc plus il peut apporter des précipitations. »
Dans ce contexte, les hivers plus doux favorisent des précipitations plus abondantes. Le réchauffement des mers et des océans autour de la France renforce également la quantité d’énergie et d’humidité disponible dans l’atmosphère.
Des épisodes de pluie plus intenses
Cette atmosphère plus chargée en humidité favorise aussi des épisodes de précipitations plus intenses. Serge Zaka cite plusieurs épisodes récents qui illustrent cette variabilité accrue : la sécheresse marquante de 2022, mais aussi les excès d’eau observés en 2024 ou encore au début de l’année 2026. Pour lui, ces alternances d’extrêmes traduisent précisément cette intensification du cycle de l’eau : « des excès d’eau qui tombent d’un coup : 50 mm de pluie régulièrement, parfois même 100 mm, comme lors du cyclone Kirk en 2024, le 11 octobre, si je ne me trompe pas, se souvient le climatologue. »
Ces événements peuvent se traduire par des inondations plus fréquentes sur certaines zones du territoire, notamment sur la façade atlantique, en Vendée.
Des sécheresses estivales plus longues
À l’inverse, les périodes estivales peuvent connaître des déficits hydriques plus prolongés. « Les anticyclones subtropicaux ont tendance à remonter de la Méditerranée vers la France, et donc des périodes de sécheresse plus longues. »
La hausse des températures accentue par ailleurs l’évaporation et la transpiration des plantes, ce qui contribue à réduire l’humidité des sols.
Des impacts différents selon les cultures
L’impact de ces évolutions climatiques varie selon les cultures et leur calendrier agronomique. Elles compliquent la gestion agronomique des parcelles. Les excès d’eau peuvent ainsi favoriser certaines maladies sur les cultures d’hiver, tandis que les déficits hydriques estivaux peuvent freiner la croissance des cultures d’été.
Les cultures d’hiver, comme le blé, l’orge ou le colza, se développent principalement pendant la saison froide. Elles peuvent être davantage confrontées à des excès d’eau et aux maladies associées.
À l’inverse, les cultures d’été – maïs, soja ou tournesol – sont plus exposées aux déficits hydriques et aux problèmes de croissance. « Au sein même de la saisonnalité agricole, nous n’aurons pas la même réalité climatique. » Donc, poursuit Serge Zaka, « l’adaptation devra se faire à plusieurs échelles : région par région, saison par saison. »
Le défi : avoir de l’eau au bon moment
Au-delà de la quantité totale d’eau disponible, le problème central est celui de sa répartition dans le temps. « Toute accentuation du cycle de l’eau dans les deux sens réduit la probabilité d’avoir de l’eau au bon moment. Soit on aura trop d’eau, soit pas assez, prévient le climatologue. »
Certaines parcelles sont par exemple trop humides pour permettre l’épandage de fertilisants sur le blé ou le colza, alors que ces cultures ont besoin d’azote à ce stade végétatif.
Une course contre la montre pour le sol
Dans ce contexte, le sol devient un levier essentiel pour l’adaptation agricole. « C’est presque une course contre la montre pour le sol, alerte Serge Zaka. »
Augmenter la matière organique permet d’améliorer la capacité des sols à stocker l’eau et à amortir les variations hydriques. Une question directement liée à l’avenir de l’agriculture, insiste-t-il : « quand on parle de souveraineté alimentaire et qu’on ne parle pas du sol, c’est une énorme erreur. Le sol est le support de la souveraineté alimentaire. »
Formulée au XIXᵉ siècle par les physiciens allemand Rudolf Clausius (1822-1888) et français Benoît Clapeyron (1799-1864), la loi de Clausius-Clapeyron décrit la relation entre a température de l’air et sa capacité à contenir de la vapeur d’eau.
Elle montre qu’une atmosphère plus chaude peut contenir davantage de vapeur d’eau. Concrètement, chaque degré supplémentaire permet à l’air de contenir environ 7 % de vapeur d’eau en plus.
Dans un climat qui se réchauffe, l’atmosphère stocke davantage d’humidité. Lorsque cette vapeur d’eau se condense, elle peut produire des précipitations plus intenses.
Ce mécanisme contribue à accentuer le cycle de l’eau :

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