Bloom AgritechLe média des filières et
des technologies végétales
IndustriesActeursLe LabAnalysesÉchos du Monde
🇫🇷Français🇬🇧English🇪🇸Español
🇫🇷Français🇬🇧English🇪🇸Español
Bloom AgritechÀ proposConditions générales d'utilisationPolitique de confidentialitéCookies

Inscrivez-vous à la newsletter

Nous contacter

Publicités et annonceursPartenairesRéseaux Sociaux

© 2026 Bloom Agritech. Tous droits réservés.

Protéines : l’illusion ukrainienne

Publié par AgriDées, ce point de vue de Bernard Valluis inaugure notre partenariat éditorial avec le think tank français dédié à l'agriculture, à l'alimentation et aux territoires. L'auteur y questionne l'un des arguments avancés en faveur de l'adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne : sa capacité supposée à renforcer l'autonomie protéique de l'Union.

Bernard Valluis-Publié le 17 Juillet 2026

Protéines : l’illusion ukrainienne

Les plans protéines sont aux politiques agricoles ce que sont les « marronniers » pour les médias, ils reviennent périodiquement. Celui que la Commission européenne a communiqué le 7 juillet dernier ne déroge pas à la règle. Après avoir repris toutes les données illustrant la dépendance européenne aux importations, la Commission égraine toutes les mesures susceptibles d’encourager la production, de consolider les filières de transformation et de diversifier les origines des importations. La mention d’actions dans le domaine de la circularité, s’agissant des bio fuels ou de la bioéconomie, apparaît comme l’une des propositions nouvelles de même que les perspectives d’atteindre une plus grande autonomie grâce à la coopération avec l’Ukraine, candidate à l’adhésion à l’Union Européenne.


Mais qu’en est-il vraiment de ce dernier argument ?

Effectivement, l’UE-27 est globalement déficitaire en protéines végétales, et si l’autosuffisance est atteinte pour le colza, ou près de l’être pour le tournesol, les pois et les féveroles, l’Union est dépendante à 90 ou 95, selon les années, des importations de graines de soja (14 à 15 millions de T) et de tourteaux de soja (16 à 18 millions de T). Le Brésil, les États-Unis et l’Argentine dominent le marché mondial de ces produits, et représentent la majeure partie des origines des importations européennes. Il faut remonter à la conclusion, en 1962, des accords du Dillon Round du GATT pour comprendre les causes de cette dépendance : les 6 pays de la Communauté Économique Européenne naissante en jetant les bases du Marché Commun Agricole ont troqué le dispositif de protection tarifaire des céréales contre l’application de droits nuls sur les importations des graines oléagineuses, de leurs tourteaux et des graines protéagineuses. Ces dispositions ont pesé et pèsent encore sur la capacité de développer des productions européennes, handicapées par leur défaut de compétitivité vis à vis des pays tiers concurrents.


L’entrée de l’Ukraine dans l’UE est elle une solution pour que l’Europe élargie parvienne à l’autonomie d’approvisionnement en protéines végétales ?

C’est du moins ce que les tenants d’une adhésion rapide de l’Ukraine mettent en avant pour contrebalancer les chocs de compétitivité auxquels seraient confrontées les filières européennes des grandes cultures ou des viandes blanches. Ces écarts de compétitivité avaient été bien été démontrés à partir de juin 2022, lorsque par solidarité avec l’Ukraine attaquée par la Russie, les exportations ukrainiennes ont bénéficié d’un accès libre au marché de l’Union.


L’argument ukrainien est-il solide à l’épreuve des faits ?

L’application de droits nuls aux importations de pays tiers des différentes catégories de protéines végétales conduit à ne pas faire de différence entre la situation actuelle et celle d’une Ukraine membre participant au Marché Unique de l’Union dans la mesure où aucun obstacle tarifaire ne s’applique actuellement aux importations des graines et des tourteaux ukrainiens de soja. Par ailleurs, cette culture occupe une place secondaire dans les assolements ukrainiens avec une production d’environ 6 M de T de soja, quand il s’agit de 20 M de T de blé, de près de 30 M de T de maïs, de 12 M de T de tournesol. Cela permet à l’Ukraine d’exporter au total 4 M de T de graines de soja, et de 1,7 à 2,0 M de T de tourteaux de soja, dont 1,3 M de T de graines et 1 M de T de tourteaux vers l’UE.


Ainsi la capacité de l’Ukraine à réduire la dépendance européenne est-elle bridée à la fois par les niveaux de production du complexe soja, et l’intérêt commercial et logistique d’exporter vers d’autres destinations que l’UE, dont notamment la Turquie et l’Égypte. Par ailleurs l’application du Plan « protéines » européen à l’Ukraine ne serait pas de nature à y modifier les profitabilités respectives des grandes cultures.


L’argument selon lequel l’adhésion de l’Ukraine à l’Union pourrait améliorer l’autonomie protéique du nouvel ensemble économique demeure donc totalement illusoire. D’ores et déjà l’application de droits nuls à l’importation pour le soja comme pour tous les produits oléoprotéagineux ukrainiens leur donne un accès libre au marché de l’Union, soit une situation à laquelle l’adhésion n’apportera aucun changement.




Dans la même rubrique

La France valide la réintroduction encadrée de deux insecticides pour plusieurs filières agricoles
EuropeRéglementationsSols, Intrants et Eau

La France valide la réintroduction encadrée de deux insecticides pour plusieurs filières agricoles

14 Août 2026

Pour Sabine Verley, « l’avenir de l’agriculture ne se joue plus à la parcelle, mais à la filière »
AgroalimentaireInterview d'experts

Pour Sabine Verley, « l’avenir de l’agriculture ne se joue plus à la parcelle, mais à la filière »

Anne Barrat - 30 Juillet 2026

Décryptage
Tom Broockmann, directeur d’Adrex Pharma, société allemande fondée en 2018 et spécialisée dans la commercialisation de cannabis médical.
EuropeRéglementationsDistributeurs

Tom Broockmann, expert du cannabis médical : « produire du cannabis n’est pas si simple, nous n’avons pas encore vraiment ce savoir-faire en Europe »

Aurore Dupont - 4 Juin 2026

Dossier spécial cannabis
PSI

Les plus lus

  • Iberdrola renforce l'exploitation de 15 parcs éoliens au Royaume-Uni
    21 Août 2026
  • Takasago soutient un événement culturel au Musée National de Tokyo
    21 Août 2026
  • Yara défend son acquisition de Gulf Coast Ammonia face à des allégations d'arbitrage
    21 Août 2026
  • Lancement du projet de réhabilitation sismique du barrage d'Anderson en Californie
    21 Août 2026
  • Avancement du projet de lithium Green River : Sedgman à la manœuvre
    21 Août 2026

Biographie

Bernard Valluis est expert associé du think tank AgriDées. Agro-économiste, il est président de la Fédération Européenne des Banques Alimentaires (FEBA).Bernard Valluis a été successivement chercheur et enseignant, expert au Ministère de l’Economie et des Finances, Directeur Général d’une organisation de producteurs agricoles, membre de l’équipe de direction du Groupe Soufflet, et Président Délégué de l’Association Nationale de la Meunerie Française. Par ailleurs, il a présidé de nombreuses organisations professionnelles françaises, européennes et internationales. Il est également président d’Honneur de European Flour Millers.

Société

Agridées est le think tank français de l’entreprise agricole. L’association rassemble des agriculteurs, entreprises, experts et acteurs publics afin d’anticiper les transformations agricoles, éclairer les débats et promouvoir une agriculture innovante, durable et compétitive. Par ses travaux, publications, événements et prises de parole, Agridées contribue à nourrir la réflexion stratégique et le débat public sur l’avenir de l’agriculture.