L’Europe investit dans la plante : la tech verte change d’échelle

Entre levées record, acquisitions stratégiques et percée de l’intelligence artificielle, le mois d' octobre a confirmé la vitalité de l’innovation végétale en Europe. De la Suisse au Royaume-Uni, les investisseurs misent sur une nouvelle génération d’agritech centrée sur la plante, où science, technologie et durabilité s’entrecroisent.

Points clés

• Une dynamique d’investissement soutenue. Plus de 160 millions de dollars levés en un mois dans les technologies végétales, confirmant l’attractivité de l’agritech européenne malgré un contexte économique tendu.

• La convergence entre science et technologie. De la robotique agricole à la génétique de précision, les innovations se déplacent du laboratoire vers le champ, accélérant la transition vers une agriculture régénérative et bas carbone.

• Une Europe qui redéfinit la souveraineté alimentaire. Derrière les deals, une même ambition : renforcer la résilience de la production végétale tout en réduisant la dépendance aux intrants chimiques et aux aléas climatiques.


1. Ecorobotix (Suisse) – La précision au service de la durabilité

Fondée en 2014 à Yverdon-les-Bains par Steve Tanner et Aurélien Demaurex, Ecorobotix s’est imposée comme le leader mondial de la pulvérisation ultra-précise. Sa technologie “plant-by-plant”, fondée sur l’intelligence artificielle et la vision embarquée, permet de réduire jusqu’à 95 % l’usage des produits phytosanitaires.


La société a bouclé en octobre une levée de 105 millions de dollars (Série D) menée par Highland Europe, avec la participation d’ECBF et McWin Capital Partners. Cette opération, l’une des plus importantes de l’année dans l’agritech européenne, porte à 150 millions de dollars les fonds levés depuis 2024.


Objectif : renforcer la capacité d’innovation, diversifier les cultures couvertes et soutenir le préfinancement de la production.

Tendance : Ecorobotix incarne la maturité du segment de la robotique agricole, où l’intelligence artificielle devient un levier d’efficacité environnementale autant qu’économique.



2. Wild Bioscience (Royaume-Uni) – L’intelligence artificielle au cœur de la sélection végétale

Spin-off de l’Université d’Oxford fondée en 2021 par le Dr Ross Hendron et le Professeur Steve Kelly, Wild Bioscience décode les mécanismes évolutifs des plantes sauvages pour optimiser les variétés cultivées. Sa plateforme d’intelligence artificielle exploite des millions d’années d’évolution génétique afin d’identifier les traits adaptatifs les plus performants.


La société a levé 60 millions de dollars (Série A) auprès de l’Ellison Institute of Technology (EIT), avec la participation d’Oxford Science Enterprises, Braavos Capital et de l’Université d’Oxford. Les fonds serviront à transformer ses premiers succès de laboratoire en semences prêtes à la commercialisation, avec l’ambition de diffuser à grande échelle des variétés plus résilientes et plus productives.


Tendance : la convergence entre IA et biologie végétale ouvre la voie à une sélection de précision, où la génétique devient un outil d’adaptation climatique et de souveraineté alimentaire.



3. Gowan Company (États-Unis) acquiert Ceradis (Pays-Bas) – La consolidation du biocontrôle

Basée à Wageningen, Ceradis a été fondée en 2005 par Wim van der Krieken. Spécialisée dans la protection et la nutrition durables des cultures, la société développe des technologies biominérales brevetées réduisant les pesticides chimiques sans compromettre les rendements.


En octobre, Ceradis a été acquise par le groupe américain Gowan, acteur historique de la protection des cultures, présent dans plus de 70 pays. Le montant de la transaction n’a pas été rendu public.


Objectif : renforcer la présence mondiale de Gowan en Europe et élargir son portefeuille de R&D vers des solutions à faible impact environnemental.

Tendance : l’intégration de Ceradis illustre la montée en puissance des biosolutions et la volonté des grands groupes de capter l’innovation née des écosystèmes européens.



Tendance du mois — L’Europe des plantes intelligentes

De la pulvérisation ultra-ciblée à la sélection génétique assistée par IA, la chaîne de valeur végétale se numérise. L’Europe s’impose comme un terrain d’expérimentation privilégié, porté par un tissu dense de start-up deeptech et de centres de recherche. Les investisseurs ne s’y trompent pas : la transition agricole n’est plus une option, mais un marché stratégique où technologie et écologie convergent enfin.

Advertisement 9

Les plus lus

Société

ALPHA AGRICULTURE TECHNOLOGIES